jeudi 23 août 2012

Les élections, l'abstention, et les campagnes ratées d'incitation au vote.

En ce moment, le Québec est en période électorale. 

Résumé des épisodes précédents :

Depuis février 2012, les étudiants sont en grève contre la hausse des frais de scolarité de 75% décrétée par le gouvernement libéral au pouvoir (Parti Libéral du Québec, dit PLQ). L'intransigeance du gouvernement, au lieu de tuer le mouvement, lui a permis de grossir et de devenir une crise sociale qui devrait faire date dans l'histoire du Québec. Mais, après des mois de mobilisation intense, la fatigue ainsi que la torpeur estivale ont fait baisser l'intensité du mouvement. C'est ainsi en plein cœur de l'été que le parti au pouvoir a décidé de déclencher des élections, histoire de trouver une issue qui lui soit plutôt favorable.

images piquée quelque part symbolisant la course électorale,
parce que ce billet manquait d'illustration.
 
Ah oui, précision : ici, c'est le parti au pouvoir qui déclenche à sa convenance les élections, sachant qu'un même mandat ne doit pas excéder 5 ans. C'est aussi le parti en place qui redéfinit les contour des circonscriptions électorales en fonction de l'évolution de la population depuis le scrutin précédent.Oui moi aussi je trouve que question démocratie et répartition des pouvoirs, c'est problématique (les contours des circonscriptions, ça se fait ailleurs, en France notamment. Mais au moins les élections sont à date fixe). Ajoutons à cela que la médiatisation de la campagne électorale est partiale, plus précisément qu'aucune loi ne règlemente l'accès aux médias des différents partis en course. Sachant qu'en France, alors que la loi encadre précisemment le temps de parole des différents candidats à une élections, les journalistes trouvent que c'est une insupportable atteinte à leurs droits et trouvent des moyens de tricher, quand on ne règlemente pas, ça donne la situation québécoise. Concrètement, cela signifie que cette année 4 des 6 partis (je dis, 6, mais je sais même pas si le parti vert du Québec existe ou si c'est une légende en fait..) en compétition ont pu s'exprimer lors du "Débat des chefs", et que seulement 3 de ces 4 partis ont pu intervenir lors des "duels" organisés sur la chaîne TVA pour couvrir la campagne. Oui, parce que faire confiance à des chaînes de télévision privées pour maintenir la diversité de idées démocratique, ça marche vraiment bien.

Vous avez donc l'ambiance, nous pouvons reprendre :

Nous sommes donc ici en pleine campagne électorale, le scrutin est le 4 septembre prochain. Les affiches des candidats et candidates fleurissent sur les poteaux dans la rue, et on ne parle plus du mouvement social mais des élections imminentes. Et on s'inquiète du taux de participation - souvent faible - de la population en général et des jeunes en particuliers.

voilà, ça ressemble à ça des affiches électorales québécoises

Précisons que dans les milieux ou je traîne ces temps-ci (étudiants, très à gauche, anarchistes pour certains ), on tient un discours trés sévère sur ces élections-ci et sur le système électoral en général (pardon, sur "l'électoralisme", je suis nouvelle, j'apprends le vocabulaire). Je vous conseille à ce propose le documentaire Anarchroniques, diffusé hier soir dans un parc montréalais. La bande-annonce est visible ici, et je ne désespère par de mettre la main sur le film complet un jour prochain. C'est conçu comme une introduction aux mouvements anarchistes et libertaires du Québec, c'est très intéressant. L'argument principal de ces militants abstentionnistes, c'est que le système de démocratie représentative n'est ni représentatif ni démocratique, et que tout les partis en jeux soutiennent le système politique, idéologique, tel qu'il existe, sans vouloir le changer, ni même l'imaginer. Au mieux, il s'agit de l'aménager pour qu'il soit plus vivable, ce qui, pour eux, ne peut être un but en lui-même.

Si la critique me semble sévère, elle commence néanmoins a susciter quelques échos chez moi. Le fait de ne pas pouvoir voter après avoir suivi et vécu le mouvement étudiant, sachant que le gouvernement élu aura des conséquences sur ma vie sans que je ne puisse rien y faire doit y être pour quelque chose...passons.

Où veux-je en venir avec cette -interminable- introduction ? J'étais ce matin dans le métro, et mon attention s'est porté sur les publicité qui ornent les murs des stations et des wagons. Des grandes photos, assez désenchantées, aux couleurs pas franchement joyeuses ont attirées mon attention. Ça change des images survitaminés qui poussent habituellement à consommer. Je regarde donc de plus prés ces photos de panneaux de circulations avec des flèches qui vont dans des directions différentes, chaise d'école abandonnée, ou encore sièges de wagons de métro. Elles sont ornées de textes au ton définitif :  "L'heure des choix" (sur les flèches de circulations) "les absents ont toujours tort" (sur une chaise d'école abandonnée). 
C'est la campagne de la direction générale des élections du Québec pour inciter les gens à aller voter.
Bien.

Je la trouve nulle.

Les photos sont tristes. Elles ont un côté ville désenchantée. C'est pas que cette esthétique me déplaise, mais elle me semble assez maladroite pour donner envie au citoyens de faire quelque chose. Je trouve que ça donne surtout envie de se cacher, de se retirer de ce monde triste, vide, qui nous est montré. 
Les images sont sensée s'adresser aux citoyens, elles déshumanisent le vote : pas un visage humain (ni même une main, un pied ou un quelconque morceau de corps humain)...On souhaite inciter des individus à voter en leur montrant des objets inanimés. Là encore, j'ai un doute sur l'efficacité du message.
J'ai dit que les couleurs étaient moches, je le maintien. Je vous renvoie à la page de la DGEQ pour voir la vidéo sensée donner à la population l'envie d'aller voter.
....
....
ça c'est le temps que vous alliez voir
...
...


Vous ne voulez pas vous asseoir dans une salle obscure sur des sièges miteux pour écouter quelqu'un vous dire quoi faire ? Non ?
J'avais pas dit que c'était triste à mourir? On commence avec une musique d'apocalypse et on explique que la démocratie est en danger parce que les gens ne votent plus, et puis on explique que voter c'est avoir un pouvoir immense : dire oui à certaines choses et non à d'autres... (c'est ébouriffant d'ambitions, approuver ou désapprouver des "choses") le tout sur des images instragram-esque que je trouve, vraiment, je me répète, moches. Et sombres en plus, avec des images qui brûlent, genre fin du monde désenchanté..Je sais bien qu'on a définitivement fait une croix sur les lendemains qui chantent, mais vraiment ? On espère mobiliser les gens avec un discours aussi déprimant et moralisateur ?

Et une chaise abandonnée au milieu de nul part ? Ça ne vous donne pas envie de participer ?

Jamais ces campagnes ne disent précisément quels sont les contours du pouvoir du vote. Le vote est vertueux en lui-même, c'est une morale contemporaine, preuve que la démocratie fonctionne quel que soit le parti pour lequel on vote, et quel que soit la manière dont ledit parti agit une fois élu. 
Le mouvement étudiant a répété pendant des mois que la démocratie ce n'était pas "voter une fois aux 4 ans" mais une action quotidienne. Cette campagne dit exactement le contraire : le vote c'est l'expression démocratique unique et ultime. 
Sauf qu'il existe des partis qui sont contre la démocratie (je pense aux néonazis grecs qui sont entrés au parlement lors des dernières élections, par exemple) voter pour eux c'est maintenir la démocratie en vie ? Vraiment ?
Il existe aussi des partis, ou des représentants de ceux-ci qui sont élus sur des idées et qui en appliquent d'autres une fois au pouvoir..dans ce cas là (tellement fréquent que je ne sais pas quel exemple donner. C'est devenu tellement trivial que la formule "les promesses électorales n'engagent que ceux qui les croient" est devenue une ligne de conduite politique) le pouvoir de l'électeur a consisté à être victime d'un mensonge et à n'avoir aucune possibilité de sanctionner celui qui a menti, une démocratie comme ça, c'est étrange qu'elle ne fasse pas plus rêver, et ne donne pas plus envie d'y participer non ?
La pire illustration de cette campagne, c'est cette image de deux sièges de métro qui se tournent le dos, et qui sont sensés illustrer les options qui s'offrent aux électeurs :



Nous sommes dans un train (ce sont des sièges du métro de Montréal) dont nous ne contrôlons pas la direction, et il nous revient de choisir si nous voulons aller dans cette direction en regardant dans le sens du train, ou en regardant dans le sens inverse. Mais quel pouvoir extraordinaire ! Choisir son siège ! Je sais pas ou va ce train et on ne me demande pas mon avis là dessus mais j'ai le droit que dis-je, le privilège, de choisir mon siège!! Telle que vous me voyez là, je me retiens de jubiler et je manque de défaillir d'enthousiasme!

Sans rire ? Les concepteurs de cette campagne se sont dit qu'avec une représentation aussi limitée du pouvoir que représente le vote ils allaient amener les électeurs à courir en masse vers les urnes ?? C'est ..euh.. risqué comme pari ?

Si on veut vendre le vote comme un outil de pouvoir, on met l'électeur dans la cabine de pilotage d'un avion. On lui donne le pouvoir et le contrôle non ? (décidément, la communication et le marketing me seront à jamais étrangers). À titre de comparaison, lors de la dernière campagne présidentielle française, on a pu voir ceci pour inciter au vote. 


Je ne sais pas pour vous, mais je trouve la mise en scène plus intelligente, avec tentative de représentation de la société française et renversement du pouvoir.

Et puis on pourrait même, folie, s'interroger sur les causes de l'abstention. Questionner la réelle représentativité du mode de scrutin en vigueur, faire la comparaison entre les programmes politiques et leur réalisation, s'interroger sur la pertinence d'avoir des élus qui font de le politique leur carrière et qui peut-être, en perdent un peu de vue les effets concrets de leur politique sur l'ensemble de la population etc...
Mais bon, tout ça c'est partisan et surtout, ça oblige à nuancer le propos. Alors que ordonner "vote!" aux gens qui passent devant une affiche, ça a le mérite de la simplicité.

Pour en revenir aux sièges du métro, on donnera ceci dit à cette image le crédit du réalisme, involontaire probablement mais ne faisons pas la fine bouche. Parce qu'après tout, il est vrai que lorsque les orientation de politiques générales sont données par des traités internationaux signés sans contrôle de la population les marges de manœuvre des gouvernements élus sont trop faibles pour infléchir le fonctionnement global de la société. En Amérique du Nord, l'ALENA définie les règles économiques, et ainsi le fonctionnement social. On peut aussi penser en Europe aux différents traités de l'Union Européenne, au hasard Lisbonne, adopté après que la première version du texte - Traité Constitutionnel Européen - ait été rejeté par trois pays par voie référendaire : la France, les Pays-Bas et l'Irlande. 

Tiens, peut-être que c'est ça qui contribue à l'abstention ? L'impression - ou la certitude - des électeurs que leur vote, qu'on leur présente comme une prise de pouvoir, n'a finalement que peu de valeur quand les cadres généraux de l'économie sont déterminés hors de leur contrôle ? Que leur vote n'est pris en compte que lorsqu'il entérine des décisions déjà prises ?
Euh, si la démocratie vivante à ressemble à ça, on pourrait peut-être l'achever et commencer autre chose non ? enfin moi je dis ça...
 Peut-être que lorsque les gouvernements eux-même n'accordent que peu d'intérêt à la volonté de leur population (cf. la manière dont le PLQ a ignoré les revendications étudiantes des derniers mois, au hasard) ils affirment à la population en question qu'elle ne compte pas, qu'ils n'ont pas besoin de son accord pour exister, pour gouverner.

En conclusion de tout ça, je précise que je ne souhaite pas décourager ceux qui le souhaitent d'aller voter. Je ne pense pour ma part n'avoir manqué aucun scrutin français ou européen depuis mes 18 ans (ah si, les dernières élections cantonales dont, soyons franche, j'ignorais l'existence). 
François Ruffin, dans Fakir, défend ici une position médiane , qui me plaît bien, entre le vote comme ultime et unique action démocratique et le refus complet du vote comme refus de cautionner le système en place. Je vous invite à aller jeter un œil, au passage vous pourriez découvrir un journal sympa.



Mais je me demande sincèrement qui pense que l'on peut convaincre les citoyens d'aller voter en se contentant de leur faire la morale, sans jamais tenter de comprendre pourquoi ils ne votent pas.

edit 31/08 : photos prises et intégrées à l'article.

Ne soyons pas totalement mauvaise langue, la petite fleur au milieu du béton avec le "ne jamais renoncer" est sympa. Mais enfin le reste...




jeudi 7 juin 2012

Diplomatie de gravillon

Ouvrir le site de La Presse, c'est une déclaration d'amour à la procrastination. Glander sur les sites d'info, c'est une manière comme une autre de ne pas écrire la thèse (écrire des billets de blog aussi), mais au moins, on peut espérer y apprendre quelque chose.
La Presse, c'est autre chose. Depuis le début du conflit étudiant, à part quelques chroniqueurs, le journal affiche clairement son parti pris pour le gouvernement. Éditorialistes poussant le gouvernement à maintenir la ligne dure, sondages frauduleux en Une, un journal de qualité.. Tout ça pour dire que me promener volontairement sur ce site, c'est chercher désespérément un lieu ou ne pas travailler, en espérant y trouver une lecture amusante, c'est dire le niveau de détermination qui anime ma volonté de ne rien faire de constructif aujourd'hui.

Pourquoi cette longue introduction ? Hé bien pour introduire, justement, cet article. Nouvelle cruciale, le premier ministre canadien a été reçu par le nouveau président français.

Article en deux parties. On commence par le gros morceau, l'important, la raison de la rencontre : les positions économiques des deux chefs d'État. 
Harper est présenté comme «le chantre de la rigueur budgétaire»  (c'est normal, il est de droite ) et Hollande et le «partisan de la croissance» (ce qui doit donc tenir lieu de position de gauche). Pas de panique toutefois, tout le monde parvient à se mettre d'accord puisque, de la bouche de François Hollande : «Nous partageons ce double principe : nous devons avoir plus de croissance mais pour avoir plus de croissance, il faut aussi plus de stabilité, c'est ce qui sera discuté au G20». 

Une fois ces grandes différences politiques exposées, la seconde partie de l'article, (qui fait à peu prés le même nombre de mots) s'intéresse aux subtilités du protocole.
On apprend alors que Stephen Harper est arrivé à pied, que François Hollande a marché sur le gravier de l'Élysée, que les deux hommes se sont retrouvés à mi-chemin.
On obtient en exclusivité la réaction d'un photographe «vieil habitué des lieux», grâce à qui on apprend que c'est une scène inhabituelle :  «En 30 ans d'Élysée, je ne me souviens pas avoir vu un dirigeant étranger arriver à pieds»

Est-ce que cet article méritait un post de blog ? Peut-être pas, mais n'oublions pas que, d'une part, je n'ai aucune envie de me pencher sur ma thèse. Et puis surtout, cet article insipide m'a bizarrement semblé digne d'intérêt. 

Dans sa composition en premier lieu : 50% de fond, 50% de forme sur la rencontre. 
Je trouve déjà la proportion gênante, mais peut-être ais-je mauvais esprit.

Le souci, c'est qu'à la lecture de ce bref texte, j'ai eu l'impression d'en apprendre plus sur les questions de protocole que sur les positions politiques des élus. Une vague opposition croissance VS rigueur posée en ouverture de l'article résolue 150 mots plus tard. Une conclusion en forme d'élipse qui nous mentionne que «La situation en Syrie, en Iran et le prochain sommet de Rio sur le développement durable et les changements climatiques ont aussi été évoqués.». Comme si ces sujets ne méritaient pas de développement, comme si la position canadienne sur le protocole de Kyoto ou la côté vas-t'en-guerre de Harper, face à la volonté de Hollande de faire revenir les troupes française d’Afghanistan,  ne méritaient pas quelques questions. 
Mais à la fin de cet article, on en sait plus sur le gravier de la cour de l'Élysée.

C'est pas du journalisme, c'est un exercice d'enfumage.

Il est fort possible que la déclaration de Hollande n'ai pas donnée beaucoup plus d'informations, mais c'est pas le boulot des journalistes de poser des questions ? Et si c'est une déclaration à la presse sans questions, ça ne serait pas le rôle de celui qui rapporte la situation de le préciser ? De dire que justement, on aurait aimer des précisions sur tels ou tels points qui ont été laissés de côté par les chefs d'État ?
Non, à la place on sait que Harper est allé donner une conférence devant des drapeaux "unifoliés"et que Hollande a parlé seuls aux journalistes (est-ce une indice d'une relation diplomatique tendue ? Ou pas ? Bordel à quoi ça sert d'avoir des journalistes informés si personne ne nous décrypte ça? ).

Mais c'est vrai, malgré des positions politiques qui s'affichent opposées, Hollande et Harper semblent si facilement trouver un terrain d'entente, peut-être que ce miracle suffit à aveugler les journalistes..


mercredi 23 mai 2012

Le Thérapie de Choc appliquée au Québec


Je relis en ce moment La Stratégie du choc de Naomi Klein. J'avais d'ailleurs un jour promis un billet sur le sujet, ce sera celui-ci. Je suis frappée par les similitude entre ce dont elle parle, et ce que nous vivons en ce moment au Québec.

Rappel pour ceux qui n'ont pas suivi.

Depuis février, les étudiants québécois sont en grève contre l'augmentation des frais de scolarité. Une hausse de 75%, étalée sur 5 ans, est prévue par le gouvernement libéral du Québec.
Cette hausse drastique fait suite au dégel des frais scolarité entamé en 2007, dont il résulte qu'entre 2007 et 2012 les frais de scolarité ont augmentés de 500$. Elle mobilise les étudiants des universités, directement touchés, et des CEGEP (enseignement pré-universitaire), qui le seront bientôt.

Hier, 22 mai, une immense manifestation (On a entendu entre 250 000 et 400 000 personnes, beaucoup donc) célébrait les 100 jours de grève. Elle s'opposait aussi à la nouvelle loi spéciale 78, adoptée par le parlement québécois vendredi dernier. Cette loi 78 a pour objectif de briser le mouvement de grève étudiant en suspendant la session et réaménageant le calendrier scolaire, en limitant par la force le pouvoir des associations étudiantes, et en limitant la liberté de manifester.

La population (en tout cas une large partie) s'insurge contre cette loi injuste, et particulièrement contre les limitations du droit de manifestation, un droit fondamental.

Ce matin, dans le bus, je relisais donc La Stratégie du Choc, et j'ai eu la désagréable certitude que notre mouvement pourrait servir d'exemple à cette théorie.

La thèse de Naomi Klein se développe sur quelques 600 pages, que je conseille à chacun et à chacune de lire. Elle commence son récit là ou je me trouve actuellement, c'est-à-dire à l'Université McGill, à Montréal, au pied du Mont Royal.

Dans les années 50, la CIA finança les recherches d'un psychiatre, Ewen Cameron,  ayant pour objectif de soigner les personnes atteintes de désordres mentaux, en suivant une thérapie de choc.
Cette thérapie consiste à briser la personnalité malade de l'individu pour qu'une nouvelle personnalité, saine, puisse se reconstruire sur ce terrain vierge, sous surveillance du médecin. Briser une personnalité passe par des chocs électriques, des séances de privations sensorielles, des médicaments expérimentaux. Plus que de soigner, le but était recréer les personnalités :

«Une fois la "déstructuration complète" obtenue et la personnalité antérieure effacée de façon satisfaisante, la confrontation psychique pouvait commencer. Cameron faisait passer à ses patients des messages enregistrés, comme : "Vous êtes une bonne mère et une bonne épouse et les autres se plaisent en votre compagnie» En bon béhavioriste, il croyait fermement que les patients, s'ils absorbaient des messages figurant sur les bandes enregistrées, commenceraient à se comporter autrement. Sous l'effet combiné des électrochocs et des médicaments, les patients, réduits à un état quasi végétatif, n'avaient d'autre choix que d'écouter les messages qui passaient en boucle - de seize à vingt heures par jour, pendant des semaines. Il y eut un cas ou Cameron fit défiler un message pendant 101 jours d'affilés» (p.53)

Ces pratiques attirèrent l'attention de la CIA qui, en pleine Guerre Froide, était à la recherche de méthodes spéciales d'interrogatoire. Je vous laisse lire le chapitre pour obtenir les détails de cette collaboration. Au final, ce qui sera retenu sera l'utilisation du choc, de la désorientation, pour faire obtempérer un individu, un peuple, à quelque chose qu'il refuse et réprouve.

Les techniques mises au point par Cameron serviront ainsi à organiser des techniques "d'interrogatoire" au Guatemala, en Iran, au Vietnam, au Chili…
Les conséquences de chocs pareils sont aussi visibles à l'échelle d'un peuple :

«Au lendemain du 11 septembre 2001, la longue habitude qu'on avait de présenter des démentis plausibles fut mise au rencards. Les attentats terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone provoquèrent un choc différent de ceux qu'on imaginait [dans les manuels d'interrogatoires], mais leurs effet furent remarquablement similaires : profonde confusion, peur et angoisses extrêmes, régression collective. À l'image d'un interrogateur qui s'érige en "figure paternelle", l'administration Bush ne tarda pas pas à exploiter cette peur pour camper le rôle du parent protecteur, prêt à défendre par tous les moyens "la patrie" et ses "enfants. vulnérables.» (p.69)

Et c'est sur ce passage, de l'individu à la société, que Naomi Klein construit son argumentation. Elle parle du Capitalisme du Désastre, c'est  à dire de ce système économique qui utilise le choc, la crise, pour faire admettre à des populations entières, par la force donc, un modèle de société qu'elles refusent en temps normal. De l'utilisation des crises pour permettre à des sociétés privées d'exploiter ce qui relève du domaine public.

Un autre docteur est présent dans la démonstration. Un docteur en économie cette fois, Milton Friedman. Friedman avait pour ambition de révolutionner les sciences économiques, de les rendre aussi respectable que les sciences exactes. Croyant en une économie qui doit se libérer de la présence de l'État pour fonctionner de manière idéale, il calque son approche sur celle de Cameron :

«Là ou Cameron projetait de de ramener l'esprit humain à cet état vierge primordial, Friedman envisageait de déstructurer les sociétés et de rétablir un capitalisme pur, purgé de toutes les ingérences - réglementation gouvernementale, entraves au commerce et groupes d'intérêt particulier» (p.80)

Ainsi, si pour le psychiatre il s'agissait de détruire la personnalité à coup de drogue et de techniques plus tard utilisées dans un contexte de torture, en économie, ce qu'il s'agit de détruire, c'était tout ce qui avait trait à la présence de l'État dans l'économie, pour que celle-ci puisse se reconstruire au mieux. Le marché, libéré de toute ingérence étatique, s'équilibrerait de lui-même, revenant à un état de nature originel et idéal.
La dimension religieuse de cette théorie économique, présentée par ses soutiens comme la vérité même, avec la conviction de fanatiques religieux, demeure quelque chose d'absolument impressionnant. Tout autant au moment ou cette théorie émerge, dans un monde qui donne une large place au Keynésianisme ou même au Marxisme, et ou la prétention de détenir la Vérité alors qu'il y a pluralité de système paraît délirante et terriblement prétentieuse. Mais encore aujourd'hui, après trois décennies d'application de cette doctrine. Lorsqu'on lit le bilan dressé dans l'ouvrage de Naomi Klein, on se demande comment cette vision du monde peut encore trouver des défenseurs.

L'ouvrage nous entraîne ensuite dans un déprimant et lucide voyage dans le temps et l'espace. Le Chili de Pinochet, l'Angleterre de Margaret Tatcher, la Bolivie des années 80, la Pologne, la Russie, la Chine et différents pays d'Asie du Sud-Est, l'Irak, bien sur, sans oublier la Louisiane d'après Katrina, ou le Sri-Lanka d'après le Tsunami : on se promène beaucoup, et l'auteure prend soin de nous montrer la construction mondiale de ce système économique, faisant apparaître les liens, autant personnels qu'idéologiques, qui le façonne.

Elle montre, pays après pays, crise après crise, comment celles-ci sont utilisées par des gouvernements, eux-même conseillés par des économistes adeptes de Friedman et de l'école de Chicago, pour mettre à terre ce à quoi les citoyens tiennent (accès au logement, à l'eau, à l'éducation, à un travail et surtout un salaire décent). Sous le coup d'une crise, les peuples sont, comme les patients du dr. Ewen Cameron, désorientés, effrayés. Ils ne réagissent pas rationnellement mais cherchent à survivre.

Ainsi, pendant que les habitants de la Nouvelle-Orléans cherchaient à se loger, se nourrir, à avoir accès  l'eau potable, ils n'ont pas pu s'organiser pour lutter contre la privatisation complète du système d'éducation.
Lorsque les pêcheurs victimes du Tsunami au Sri-Lanka étaient parqués dans des cabanes loin de la mer, ils n'ont pas pu lutter contre la construction de palaces cinq étoiles construits sur leur plage, désormais nettoyée par la vague de leur présence...

Quand les éléments naturels ne sont pas de la partie, ce sont des crises politiques, économiques, qui jouent ce rôle. La dictature chilienne fut le lieu d'immenses privatisations, de la confiscation de richesses nationales par une élite économique qui utilisa la terreur du régime pour que la population se soumette à ce qui ressemble beaucoup à un vol à grande échelle.

Dans les démocratie occidentales, les choses paraissent plus difficiles à faire admettre, on comprend alors comment Margaret Tatcher provoqua une guerre avec l'Argentine, pour déstabiliser la population, se poser en figure de Sauveur (ça se féminise ?) et ayant, grâce à cela, gagné son 3e mandat. Forte de sa victoire politique, elle privatisa de force le secteur de l'énergie, employant vis-à-vis des mineurs les mêmes mots qu'envers les argentins :

«Nous avons dû nous battre contre l'ennemi extérieur aux Malouines ; nous devons maintenant nous battre contre l'ennemi intérieur, qui est beaucoup plus coriace, mais tout aussi dangereux pour la liberté»(p.214).

L'automne dernier, en lisant cet ouvrage, j'ai eu l'impression de voir l'histoire de ces 30, 40 dernières années écrite sous un angle différent de celui que j'avais appris. J'ignorais comment Elstine avait attaqué le parlement Russe sous les applaudissement de l'Union Européenne, ce qu'avait été la guerre de Malouines ou, plus récemment, ce qu'avait été la suite de la vie en Asie du Sud-Est après le tsunami.

En 1982, Milton Friedman écrivit : «Seule une crise, réelle ou supposée, peut produire des changements». Je vous invite chacun, chacune, à réfléchir aux "crises" que nous vivons, et à tenter d'en voir l'utilisation politique qui en est faite.

J'ai commencé ce billet en parlant de l'actualité québécoise. J'aurais pu parler de la crise économique européenne qui, réelle ou supposée, sert en ce moment à dicter les politiques des états européens.
Les citoyens grecs, qui souffrent des plans de rigueurs et d'austérité qui leurs sont imposés au nom de la bonne santé du marché ont, le 6 mai dernier, votés massivement pour des partis anti-austérité. La presse internationale et les instances de l'Union Européennes, se sont empressées de mettre sous cette même bannière un parti néo-nazi (6%) et un parti de gauche radicale (18%).
Les élections n'ayant pas permis la formation d'un gouvernement, de nouvelles auront lieu sous peu. Le chef du parti de la gauche radicale, Alexis Tsipras, sera peut être bientôt le premier ministre de la Grèce, et s'est engagé à ce que la Grèce ne rembourse plus ses dettes et refuse les plans de rigueur. Hier, à la radio, j'entendais les membres des instances européennes proférer ce que l'on peut qualifier de menaces à l'encontre des grecs si ils ne votaient pas pour les partis qui défendent l'optique néolibérale. Menace de quitter l'Euro, d'être expulsés de l'Union Européenne, et probablement aussi que le ciel leur tombe sur la tête. La crise, le peur, le choc.

Mais c'est la situation québécoise que je vis en ce moment, alors je développe :

La loi spéciale qu'a fait voter le gouvernement, la fameuse loi 78, se divise en 3 parties. Elle suspend la session et réaménage le calendrier scolaire, elle limite par la force le pouvoir des associations étudiantes, et limite la liberté de manifester.

Elle limite le droit de manifester.
C'est ce sur quoi tout le monde se concentre, parce que c'est une attaque frontale à une liberté fondamentale. La loi exige désormais que pour toute manifestation de plus de 50 personnes, que les organisateurs communiquent à la police, 8h à l'avance, la duré de la manif, le nombre de participants, l'itinéraire ainsi que les moyens de transports.
C'est nouveau, jusqu'à présent les manifestation québécoises pouvaient être spontanée. Tout organisateur/trice d'une manifestation illégale s'expose à des amendes de plusieurs milliers de dollars, et demeurent responsables si la manifestation devient en cours d'évènement illégale.

Elle réorganise le calendrier scolaire en suspendant les sessions de celles et ceux qui étaient en grève à la date du passage de cette loi. Pour les membres de ces associations étudiantes, les cours ne reprendront qu'en août. La date sera fixée par le gouvernement et l'établissement d'enseignement, et non pas à la date de la fin e la grève, décidée par les étudiants et les étudiantes, lors de leurs assemblée générale. La loi nous ôte ainsi le pouvoir la grève, puisqu'elle fait disparaître notre moyen de pression.

Elle limite par la force, les libertés des personnes qui agissent dans les établissements d'enseignement, à savoir les étudiants, leurs associations et les professeurs.
En effet, si une association étudiante a toujours le droit de se déclarer en grève, elle ne peut en aucun cas encourager ses membres à respecter cette décision votée en assemblée générale. Elle doit au contraire les inciter explicitement à respecter la loi et même à se rendre en cours.
Si les cours sont perturbés, soit par des piquets de grève, soit par l'absence d'étudiants et d'étudiantes, l'enseignant doit donner son cours quelque soient les conditions. Il ou elle doit de plus signaler au département toute entrave, tout ralentissement à son enseignement, ou il/elle s'expose à une amende personnelle de 7 000 à 35 000$. Si le département ne fait pas suivre l'information au ministère, l'amende prévue se monte entre 65 000 et 125 000$.
Si l'association n'a pas, par tout les moyens explicite, encouragé ses membres à respecter la loi, elle est passible de la même amende que le département. Les membres élus de l'association, rebaptisés "administrateurs" par une loi se situant tout à fait dans une perspective d'économie libérale, s'exposent individuellement  à des amendes de 7 000 à 35 000$.
De plus, si l'association est reconnue coupable, s'ajoute à l'amende une peine potentiellement plus dure : pour chaque journée ou demi journée de perturbation, l'association perd un trimestre de cotisation. Le nombre de trimestres ou les associations verraient ainsi leurs fonds coupés peut dépasser la date d'expiration de la loi spéciale (juillet 2013). Si une association fait faillite, et qu'une nouvelle association renaît pour défendre les mêmes étudiants, la nouvelle association héritera des dettes de la précédente.

En rendant les associations coupables par omission, et en faisant tout pour tuer tout principe de solidarité entre professeurs et étudiants, le gouvernement du Québec met tout en œuvre pour casser le mouvement étudiant actuel. Mais il met en place de quoi le tuer à long terme, assurant aux gouvernements des prochaines décennies qu'ils pourront poursuivre l'entreprise de destruction de l'université sans rencontrer l'opposition des étudiants : ceux-ci auront perdus les structures qui leur permettent de s'organiser.

Les limitations drastiques au droit de manifester concentre l'essentiel des critiques et des réactions. Ces jours-ci, à Montréal, on manifeste pour le droit de manifester. C'est normal, on touche là à une liberté minimale en démocratie. Toutefois, je fais ici me livrer à une hypothèse qui nous ramènera à Naomi Klein.

Tout d'abord, n'oublions pas l'origine du mouvement étudiant. Il s'agit de contester une augmentation de 75% des frais de scolarité. Derrière cette hausse, il y a le projet de désengagement de l'État dans l'éducation supérieure, et la volonté de faire admettre le principe de l'utilisateur-payeur. Chacun d'entre nous devrait envisager ses études comme un investissement personnel, dont la valeur serait équivalente à la somme d'argent dépensée pour en bénéficier, et non au temps ou aux efforts que nous y mettons.
Le fait que la majorité des étudiants devrait pour "investir" dans leur avenir, s'endetter lourdement auprès d'institutions financières privée n'est finalement que logique : il s'agit de faire se soumettre chacun, chacune, à la loi du marché, et quoi de mieux pour soumettre un peuple que de le lier à des remboursements bancaires infinis ?
C'est donc un mouvement anti-néolibéralisme que nous avons construit.

Mais avec la loi spéciale, le gouvernement entre directement dans le propos de l'ouvrage. Depuis 15 semaines que nous sommes en grève, rien n'a été fait par le gouvernement pour régler la crise. Pendant les 9 premières semaines, nous avons été ignorés. Puis la ministre a accordé une première table de négociation, à condition toutefois que le CLASSE condamne la violence. Puis, après que celle-ci eut obtempéré, l'a éjecté des négociation sous un prétexte quelconque. Quoi de mieux pour faire grossir un mouvement social que de le traiter par le mépris ?

Petit point informatif sur la fameuse CLASSE :
La CLASSE est un des trois syndicat étudiants nationaux. Il s'agit de la Coalition Large de l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante. Elle représente 50% des grévistes. Il s'agit de l'organisation la plus à gauche des trois organisation nationale (les deux autres étant la Fédération des Étudiants des Universités du Québec -FEUQ- et la Fédération des Étudiants des Collèges du Québec - FECQ).
C'est la seule organisation qui conteste la hausse des frais de scolarité non pas parce que c'est trop d'un coup, mais parce qu'elle milite pour la gratuité scolaire, et un vrai changement des valeurs de la société.
C'est aussi une organisation qui fonctionne en démocratie directe, c'est-à-dire que les exécutants du bureau national ne peuvent prendre aucune décision engageant le mouvement sans consulter au préalable les exécutants et exécutantes des associations membres, réuni(e)s en Congrès. Celles-ci ont préalablement tenues des assemblées générales.
C'est ce qui donne toute sa force, je pense, à notre mouvement, et explique que celui-ci ne se soit pas essoufflé. On peut convaincre quelques individus, fatigués, après une négociation, de signer un accord éloignés de leurs revendications premières. Mais lorsqu'il faut une semaine pour consulter tous les membres du mouvement, les esprits se calment, la peur, la désorganisation, ne jouent plus aussi efficacement. C'est, je pense, en raison de ce caractère particulièrement subversif de la CLASSE, que le gouvernement à décidé d'en faire sa bête noire depuis le début du conflit.

De nouvelles négociations ont eu lieu quelques jours plus tard. Elles ont consisté en 22h de discussions non-stop, au terme desquelles un accord à soumettre aux assemblée fut conclu : la hausse des frais de scolarité restait inchangée (en fait, elle est passée de 75 à 82% au cours des semaines de grève, mais n'entrons pas ici dans les détails techniques) mais les étudiant-e-s allaient pouvoir, au sein d'un conseil ou ils/elles obtiendraient 4 sièges sur 19, prouver au reste de l'assemblée, constituée des recteurs d'universités, de représentants du ministère et du "monde des affaires", que l'on pouvait gérer les universités de manière plus sérieuse et faire baisser la facture étudiante en s'attaquant, non pas aux frais de scolarité, mais aux autres frais qui s'ajoutent à la facture sous forme de frais de dossiers, frais technologiques ou encore frais administratifs.
Cet accord :
- s'appuyait sur un organisme encore non-existant, qui n'était astreint à aucune garantie de résultat,
- inscrivait dans le marbre l'augmentation des frais de scolarité,
- laissait les étudiants seuls face à des directions d'université qui réclament toujours plus d'argent, et non plus en position de discuter avec un gouvernement élu, qui leur doit démocratiquement des comptes,
- isolait le fonctionnement de l'Université du reste de la société, puisqu'il ne créait aucun mécanisme de financement à long terme,
- légitimait, enfin, la présence du "monde des affaires" dans l'Université.

Toutes les assemblées générales encore en grève à ce moment là ont voté contre cette proposition.

Depuis, plus aucune négociation n'a eut lieu. La ministre Line Beauchamp a présenté sa démission, et la loi spéciale est entrée en vigueur.

Nous avons commencé une grève, le gouvernement à créé la crise. Aucun d'entre nous ne pensait que la grève durerait autant. Personne ne se serait engagé là-dedans. Mais, à mesure que le gouvernement ne manifestait que mépris, que les manifestations pacifiques étaient très violemment réprimée par la police, nous sommes devenus déterminés.

Pendant que la lutte contre les restriction du droit à manifester s'organise, il serait bon se rappeler que cette loi à pour effet de provoquer chez chacun et chacune d'entre nous un choc. De nous révolter, de nous désorienter, et de nous faire oublier des combats essentiels.

Je fais le pari, j’émets l'hypothèse, que la loi 78 sera appliquée avec parcimonie concernant la question de la liberté de manifestation. Les 250 000, 300 000 personnes qui ont marché hier dans le centre-ville de Montréal n'ont pas respectés le trajet distribué à la police de Montréal. Pourtant, aucune arrestation n'a eu lieu à ma connaissance. Elle pose un autre problème, qui est celui des violence policières, puisque cette loi chuchote à l'oreille des policiers "allez-y, taper fort, l'État vous soutien", mais cela participe à la volonté de faire naître chez la population un état de choc.

Je crains en revanche que les deux autres aspects de la loi seront appliqués avec beaucoup plus d'attention, ne serait-ce que parce que cela fera moins de bruit.
Le but est de désorganiser le mouvement étudiant à long terme. Des associations en faillite ne renaîtront pas avant 20 ans. Entre temps, toute une génération passera par l'Université en s'y endettant, et n'y développera en contrepartie aucun esprit de groupe, aucun sentiment d'appartenance. Je ne parle pas du sentiment d'appartenance à l'institution, celui qui fait porter des chandails rouges de McGill ou bleus de l'Université de Montréal, parfois bêler des chants ridicules, ou encore de la joie d'avoir sa photo en toge dans les couloirs du département.
Je parle de l'impression d'appartenir à un groupe aux intérêts intellectuels et politique convergents. Sans une association, même dépourvue de ses moyens d'action politique, ou rencontrer ses collègues ? Ou organiser un ciné-club, ou des soirée bières ou l'on peut se parler et se rendre compte qu'on n'est pas seuls ? À qui s'adresser en cas de conflit avec un-e professeur-e ? Quelle structure nous permettra d'être plus que les clients de l'Université que ce gouvernement, que les recteurs, rêvent de nous voir devenir ?
Le gouvernement utilise notre indignation légitime sur la question des manifestation pour agir sur le long terme, et détruire quelque chose de précieux.

Tout dépendra bien sûr de la manière dont les différents aspects de la loi seront appliquée. Il serait extrêmement bienvenu, de la part du parti qui espère gagner les élections prochaine contre le pouvoir actuellement en place, la Parti Québécois, pour ne pas le nommer, de s'engager à une loi d'amnistie pour toutes les victimes de la loi 78. En attendant que celle-ci soit jugées anticonstitutionnelle, ce qui peut prendre 5 à 6 ans,  ce serait une manière digne de débarrasser le Québec des effets de cette loi honteuse.

En attendant la suite des évènements, je conseille à tous et à toute de lire Naomi Klein si ce n'est pas déjà fait, d'essayer de mettre la situation que nous vivons actuellement en perspective. Depuis vendredi dernier, mettre de la distance critique et ces événements et moi, lire pour ça et voir le plus de monde possible, c'est ce que j'ai trouvé pour ne pas pleurer.

Bonus informations :

Vous êtes loin et vous voulez voir les choses de prés ? Heureusement, internet est là pour vous!

- Sur twitter, #GGI (pour grève générale illimitée) ; #manifencours (pour suivre les manifs qui ont lieu tous les soirs) ou encore #casserolesencours (depuis 3 jours, on tape sur des casseroles le soir, étudiants, familles, enfants, tout le monde. Pendant 30 min..2h...Montréal sonne)

Hier soir, au coin de Saint-Denis et Beaubien.


- CUTV, la télévision des étudiants de l'Université Concordia. Ils diffusent en direct les manifs du soir (je suis devant ce soir en retravaillant ce billet)
- Pour des textes creusés sur les différents aspects de la gréve, le site des profs contre la hausse.
- Voir les gens qui ont décidés de désobéir à la loi spéciale, c'est sur le site arrêtez moi quelqu'un.

edit 29 mai :
Et pour celles et ceux qui n'ont pas le temps ou l'énergie de se lancer dans une telle lecture, je viens de trouver cette émission de Là-bas si j'y suis sur le sujet, avec un entretien avec Naomi Klein.

mercredi 21 mars 2012

Balade en bord de mer

J'avais promis cet article il y a des mois.. En juin dernier, j'ai fait une jolie balade le long de la rivière d'Étel. Les photos dormaient dans mon ordi depuis. Ceci dit, les 25° du moment à Montréal me donnent des envies d'été, l'occasion de ré-ouvrir mon dossier de photos, et de vous donner un circuit de balade si vous passez par là-bas.

Premier point : ou est-ce ?
En France, en Bretagne, sur la côte morbihanaise, entre Lorient et Vannes, pas très loin de Quiberon. En fait, voilà une carte :

Vu de plus prés, la rivière d'Étel, c'est ça :
 C'est à dire un bras de mer, qui entre dans la terre, et qui rejoint des petites rivières, formant au passage des baies pas très profondes, dont le niveau bouge avec les marées. Wikipédia donne quelques infos supplémentaires. 
La balade que je vous propose ici, se passe sur le début de la rivière. En face d'Étel, il y a un petit port, le Magouër. Du 1er juin au 30 septembre, un bateau fait la liaison entre les deux rives. La balade est un boucle, ayant comme point de départ et d'arrivé le Magouër, en passant par le Pont-Lorois.

Première chose en partant du port du Magouër, prendre le Trez-Simon : 


 Et vous voici à Étel (oui, vous pouvez faire la balade dans l'autre sens, ou partir de n'importe quel point de la boucle. Mais moi, je vis au Magouër quand je suis là bas, et je commence par le bateau pour ne pas avoir peur de le manquer au retour). Comptez 3h pour faire la boucle.

derrière le bassin à flot, vue sur le Magouër
Donc, vous voici à Étel, disais-je. 
Là, deux options s'offrent à vous : Suivre la route, longer les voitures, et le lycée maritime. Et rattraper à un moment, sur votre gauche, après avoir traversé un lotissement, le chemin des fougères. Ou, plus sympa (mais je ne l'ai appris qu'après avoir fini ma rando) traverser Étel par sa rue principale, qui remonte vers l'Église. Suivre cette rue jusqu'à trouver un rond-point, et, quelque part sur votre gauche, trouver le fameux chemin des fougères :


celui-là même


Qui ressemble à ça

Cette boucle emprunte des sentiers côtiers bien tracés, mais en mélange plusieurs. Du coup, on suit des directiosn différents tout au long de la balade. Je vous raconte ma promenade, mais si vous voulez la suivre, vérifiez un minimum sur une carte ou vous allez mettre vos pieds. 
Pour le moment, on marche en direction du Moulins de Sachs, ou nous amène ce sentier verdoyant. Le GR37 passe par là, vous trouverez donc des fléchage en rouge et blanc pour vous guider jusqu'au Moulin, qui est un moulin à marée. Passez devant, et prenez à gauche (de toute manière, je crois qu'à droite, vous tombez dans l'eau)

le fléchage
La retenue d'eau du Sachs

Et la rivière à marée basse

 Apparaissent à partir de là des petits panneaux en bois vous donnant des indications. On marche en direction de Port-Niscop, et/ou de Pont-Lorois (les panneaux sont facétieux)

Ah mais vous vous étiez cru en France ?? Prenez à gauche de toute manière

Port-Niscop disais-je

L'Estuaire du Sachs à Marée Basse.


Estuaire du Sachs, toujours, avec la même marée basse qui met à jour les parcs à huîtres.

Le but, c'est de suivre au maximum la côte, parce que marcher ua bord de l'eau, c'est fun. Le sentier est plutôt bien aménagé, et offre une belle vue. Arrivée au bout de l'estuaire du Sachs (qui n'en finit pas) on retrouve la rivière d'Étel.



Et revoici la Rivière d'Étel

Et avec un zoom efficace, on voit les bancs de sables qui ferment l'embouchure de la rivière
Tournez le dos à l'océan, et suivez le chemin sur votre droite. En face, vous voyez le petit bourg du vieux passage, dont l'esthétique souffre de la pression immobilière locale.


Sur votre gauche, un petit escalier, en contrebas du sentier, une table d'orientation, qui répertorie les espère de poissons du coin.


Ainsi que quelques offres alléchantes. La prochaine fois, je pars plus tôt pour avoir l'occasion de gouter aux huîtres!


Suivre le sentier sans s'angoisser en profitant du paysage. Quand on croise un panneau, on se rappel qu'on va à port-Niscop.

À l'horizon, le Pont-Lorois

Un vieux Thonier, abandonné là depuis longtemps

Le port du Vieux Passage à travers les branches


et à partir si tard, j'ai manqué le homard :S
Après avoir croisé l'ostréiculteur qui propose également tourteaux et homards, le sentier passe par une petite digue. C'est un muret de béton, à marée haute, la gauche de la photo est pleine d'eau

Petit moment d'équilibriste
 À partir de là, on joue à cache-cache avec la rivière.


 Et le pont réapparaît à l'horizon.


Minute historique à deux balles : ce pont est le troisième pont qui relie les deux rives de la rivière d'Étel. Avant celà, on traversant la rivière grâce à des passeurs aux endroits les plus propices, le Vieux passage étant un de ces lieux. Un pont est construit sur ordre du préfet Lorois et est inauguré en 1851. En 1894, une tempête fait s'effondrer le premier pont. Fort utile, le pont est reconstruit, plus haut pour permettre le passage des bateaux à matures, en 1895.
Il est délibérément détruit par les forces alliées en 1944 pour isoler la poche de Lorient.
En 1956, l'actuel pont est inauguré.
Fin de la minute historique à deux balle,s ayant pour source principale wikipédia et les souvenirs des récits de mon grand-père.

trouvaille internet-esque destinée à donner de la crédibilité à la minute historique

Reprenons notre marche ensoleillé. Sur la gauche on a désormais perdu de vue l'embouchure de la Ria, et la rivière semble zigzaguer entre les collines recouvertes de fougères et d'ajoncs.



 Et nous voici, enfin, à Port-Niscop! Le panneau indicateur nous informe que nous avons marché quelques 4km depuis le moulins.

 Et le port est devant nous.


Longer la plage, et passer devant le Café du Port (auquel on donnera 1 point pour l'originalité du nom) et se diriger vers le petit sentier un peu escarpé qui passe sous le pont.

passage sous le pont
 On passe sous les piles du pont qui ont survécus aux évènements précédemment cités, et on s'extasie (si si) devant le paysage de l'autre côté du pont :


On tourne sur sa droite, et on suit une petite route qui longe des serres :

 Puis on monte sur le pont, un passage piétons/vélos est aménagé :

un décor bucolique

Les serres que l'on vient de longer

La vue du haut du pont.
Fun fact : lorsque les camions passent, le pont vibre sous vos pieds alors que vous prenez des photos. Respirer et se souvenir que ce n'est jamais que le 3e pont construit à cet endroit, pourquoi s'effondrerait-il justement aujourd'hui, hein ?
 On traverse donc la rivière, et une fois au bout du pont, rebelote : on descend longe le pont sur notre droite, puis on repasse sous le pont. Avant ça, on peut faire un détour par une petite aire de picnic qui offre -encore- une jolie vue sur la rive. Il y a aussi un crêperie fort tentante..
Une fois le pont passé, il y a deux chemins, un pour la marée haute, l'autre pour la marée basse. Ce dernier permet de marcher à moitié dans la vase, en observant les ostréiculteurs en pleine récolte.
On rejoint alors la plage (marcher dans le sable fait les cuisses) et on reprend le chemin, qui est à nouveau tracé. Comme on vient de franchir la rivière, on marche désormais vers l'océan. On suit les panneaux qui indiquent le Vieux passage, Locquenin, on encore, bien sur, le Magouër.

Ostréiculteurs au travail

chaumière dans les fougères

Le chemin, en arrivant au Vieux Passage, change un peu. C'est désormais un sentier rocailleux, qui serpente entre les ajoncs et les bruyères (ça doit être joli au printemps). On arrive sur le port, et on suit les flèches, qui nous amènent à traverser le village. À un moment, l'indication pour le sentier côtier apparaît sur la gauche. Inutile de paniquer, la traversée du village paraît interminable.

chemin rocailleux entre les ajoncs.
Le port, un jour ou il faisait moins beau

traversée du village

réapparition du sentier côtier.
Bon, à partir de là, la batterie de mon appareil m'a fait défaut, j'ai donc ralenti le rythme des photos. Néanmoins :

sur la droite, le petit bois

et à gauche le baie avec l'eau qui monte.
Pour avoir déjà fait ce chemin en août aux grandes marée, les vagues peuvent venir caresser l'herbe, et remettre la barque à flots.

Et des canards Tadorne qui se plaisent ici
 On passe à un moment (vers Locquenin) prés de la Villa gallo-romaine de Mane Vechen qui devait bénéficier, en plus d'une vue assez sympa sur la Ria, d'un isolement assez fou.



Reprendre la balade sans plus se soucier de prendre des photos pour son billet de blog qui de toute manière est inégalement construit.
Profiter du paysage, de l'air marin, de l'odeur du foin coupé qui se marie en fait drôlement bien avec l'air marin. Regarder les oiseaux, sentir les pins maritimes qui bordent le sentier.


Arrivé en vue du Magouër, suivre les flèches qui font traverser le bourg. Regarder Étel d'où on est parti plus tôt dans l'après midi.



Marcher tranquillement vers le port :



 Si vous n'êtes pas totalement crevé, pourquoi ne pas aller jusqu'à l'embouchure de la Ria ? Suivre la route qui longe la plage, et traverser les habitations entre les pins. Passer devant le chantier naval et bifurquer sur la gauche pour aller voir le cimetière des bateau, ou les thoniers, vestiges du passé de port de pêche d'Étel, finissent leurs jours en s’enfonçant dans le sable.






Ensuite, vous pouvez poursuivre la marche les pieds dans le sable, ou en reprenant la route, qui sera moins dure pour vos mollets. Marcher jusqu'au bout de la terre (un petit kilomètre avant la fin de la terre)

remonter la plage


passer devant le sémaphore

et respirer l'air du large